Le PSG est-il vraiment mieux armé pour l’Europe ?

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Un exode pour assumer ses deux stars

Déjà en tête de la Ligue 1 avec une marge conséquente sur les prétendants les plus sérieux au podium en fin de saison (+3 points par rapport à l’OL, +5 sur l’OM et Monaco), le PSG est bien parti pour connaître (encore) une promenade de santé dans toutes les compétitions hexagonales. Mais si la concurrence est nulle sur son sol, le club de la capitale va bien devoir cravacher pour atteindre son objectif numéro un, qui reste la C1, avec un effectif logiquement amaigri en raison des lourds investissements consentis pour attirer Neymar et Kylian Mbappé. Michel Platini avait imaginé durant son mandat à la tête de l’UEFA (2007-2015), une Ligue des Champions, certes toujours aussi prestigieuse, mais surtout plus égalitaire. Sportivement, mais d’abord, financièrement. Ce qu’il n’avait certainement pas anticipé, c’est que le Real Madrid empocherait pour la troisième fois consécutive, le trophée le plus prestigieux du Vieux Continent. Pas si étonnant finalement, pour le meilleur club du monde. Surtout quand on pense qu’en dehors de Cristiano Ronaldo (94 millions d’euros) et de Gareth Bale (101M€), l’institution merengue n’a pas vraiment fait de grande folie sur le marché des transferts ces 10 dernières années, en comparaison des prix des joueurs, qui ont, eux, explosé ! Ce qui explique entre autres, pourquoi le Real Madrid n’a pas été vraiment impacté par l’entrée en vigueur du Fair Play Financier (FPF), adopté en 2010, et réellement appliqué de manière intransigeante à partir de 2015. Et en même temps, quoi de plus normal pour le deuxième club qui a généré le plus de revenus au monde lors de la saison 2016-2017, selon le cabinet Deloitte (674,6M€). En face, le PSG, bien qu’ayant pris une autre dimension avec l’arrivée des dirigeants qataris à l’été 2011, avec l’investissement financier que l’on connaît (1,1 milliard depuis juin 2011 selon les chiffres de Transfermarkt, contre 663M€ pour Madrid), n’a pas encore atteint, ni la renommée de l’un de ses principaux rivaux européens, ni le dixième de son palmarès européen. Voilà pourquoi le septuple champion de France est allé chercher deux joueurs de classe mondiale, Neymar et Kylian Mbappé. Et voilà pourquoi le Paris Saint-Germain enchaîne les tournées estivales aux Etats-Unis, à Singapour ou encore en Chine (pour le trophée des Champions).

 


Le PSG a vendu pour 200 millions en un an

Deux démarches qui ont un but simple mais double : aller enfin décrocher une Ligue des Champions, et faire grandir du même coup l’image du club à l’international, et donc ses revenus. Le problème, c’est qu’avec les règles très strictes du FPF, il est impossible pour le club toujours présidé par Nasser Al Khelaifi, de dépenser davantage que le club ne génère d’argent justement. Et même si Paris vend évidemment beaucoup de maillots de ses deux stars, ce n’est pas encore suffisant pour se positionner deux mercatos de rang, sur des joueurs de classe mondiale. Pire, la mission principale d’Antero Henrique, le directeur sportif de l’institution, cet été, a consisté à dégraisser massivement l’effectif francilien. Résultat, le dirigeant portugais a vendu pour près de 200 millions en un an. Pour contrebalancer avec les 400M€ alignés pour signer ses deux stars, Paris s’est donc séparé depuis le mois de janvier de Lucas, Thiago Motta (fin de carrière), Yuri Berchiche, Gonçalo Guedes, mais surtout Javier Pastore. Comme un symbole, le premier joueur recruté par Leonardo pour valider le projet ambitieux de ce PSG, il y a sept ans, qui plus est chouchou du public du Parc des Princes malgré ses nombreuses blessures, s’en est allé. Comme pour marquer la fin d’un premier cycle. Alors aujourd’hui, soyons clair, en attendant l’arrivée très probable d’un arrière gauche digne de ce nom, et potentiellement d’une sentinelle si une belle opportunité se présente d’ici vendredi minuit, Paris n’a jamais présenté un onze aussi séduisant sur le papier. Buffon - Marquinhos, Thiago Silva, Kimpembe - Meunier, Verratti, Rabiot, ? - Mbappé, Cavani, Neymar. En effet, même sous Laurent Blanc, avec la doublette Ibrahimovic-Cavani et le milieu Verratti-Motta-Matuidi, le PSG n’avait pas aussi fière allure. Comme quoi, le recrutement de Thomas Tuchel, et cette volonté manifeste d’imposer un système nouveau, le 3-5-2, qui permette à tous les joueurs clés parisiens d’être alignés ensemble, n’a pas été vain. Au contraire, il a été assez subtil. Néanmoins, car il y a souvent un bémol, si l’équipe type n’a jamais été aussi solide semble-t-il, le banc parisien lui, s’est considérablement amaigri en un an.

 


Un banc de touche qui a perdu en qualité

Rendez-vous compte, en décembre dernier encore, Unai Emery était capable de laisser sur la touche, Kimpembe, Motta, Draxler, Pastore, Lucas ou encore Di Maria. Face à Angers le week-end dernier, ce même banc des remplaçants était garni par deux jeunes talents certes, mais issus de la CFA (Nsoki et Diaby), et d’espoirs comme Nkunku et Lo Celso. Mais seul Draxler et évidemment Buffon faisaient figure de cadres, sans parler de Lassana Diarra, dont on ne sait même pas si Thomas Tuchel va le faire rentrer réellement dans la rotation au milieu. Alors évidemment pour la Ligue 1, c’est amplement suffisant, tout en sachant que Daniel Alvès et Layvin Kurzawa vont bientôt revenir de blessure, de même que Marco Verratti. Seulement face à des cadors européens en Ligue des Champions, et même dès les poules, lorsqu’il faudra faire un coup tactique pour renverser une Roma (demi-finaliste de la C1 la saison passée), le Liverpool de Jurgen Klopp, ou bien le Napoli de Carlo Ancelotti, il faudra des armes et pas des moindres. Le tout, en espérant évidemment qu’aucun joueur majeur ne se blesse, comme ce fut le cas pour Neymar lors de la dernière campagne, à l’occasion des huitièmes de finale face au Real Madrid de Zinédine Zidane. Bref, si l’on risque d’être dithyrambique au sujet de Thomas Tuchel cette année en championnat (sans parler des coupes nationales), il serait de bon ton de muscler un peu le banc parisien en cette toute fin de mercato. Au poste d’arrière gauche évidemment, qui semble être logiquement la priorité de la direction sportive, laquelle ne veut certainement pas prendre le risque de laisser le seul Nsoki, doubler le très fragile Kurzawa. Mais également devant la défense, où un cador européen est attendu depuis deux ans maintenant, surtout au cas où l’entraîneur allemand déciderait de repasser en 4-3-3 dans les gros matchs, afin de densifier son milieu de terrain. Les opportunités Emre Can et Steven N’Zonzi ainsi que le très (trop ?) cher N’Golo Kanté (cependant plus à l’aise en 8), n’ayant pas été atteints, le PSG semble ainsi s’en remettre à une hypothétique fin de mercato complètement folle, même avec des marchés anglais et italiens déjà fermés dans le sens des arrivées, et donc forcément compliqué au rayon des départs, ne pouvant être comblés.

 


Les opportunités Khedira et Guerreiro ?

Reste la filière allemande, que le nouveau coach parisien semble vouloir exploiter à plein. On en a eu la traduction manifeste, avec la signature de l’international U21 germanique, Thilo Kehrer, débarqué cet été sur les bords de Seine pour la bagatelle de 37 millions d’euros. Soit environ la somme que Nasser Al Khelaifi avait consenti à investir sur Marquinhos il y a cinq ans, pour le résultat que l’on connaît. Quid d’un Julian Weigl, malheureusement retenu par Dortmund pour le moment, ou d’un élément plus expérimenté comme Sami Khedira ? Ce dernier n’a finalement que 31 ans et a tout à fait le profil d’un Thiago Motta avant lui. Peu vif certes, mais bon dans l’anticipation, la récupération et la transmission et tout de même auréolé d’un sacré palmarès (champion du Monde, vainqueur de la C1 avec le Real Madrid, champion d’Allemagne, d’Espagne et triple champion d’Italie). C’est peut-être lui le chaînon manquant dans l’effectif de son compatriote. D’autant que ce dernier ne débarquerait pas en terre inconnue, avec tout de même trois compères allemands (Trapp, Kehrer et Draxler), ainsi que deux anciens partenaires à la Juventus Turin (Daniel Alvès et surtout Gianluigi Buffon. Nul doute qu’avec lui et un Raphaël Guerreiro par exemple, pour doubler le poste de latéral gauche, le PSG apparaitrait bien plus armé pour atteindre son objectif C1. D’autant que ce sont des pistes visiblement peu onéreuses (le Portugais est évalué à 21 millions d’euros par Transfermarkt contre 25M€ pour Khedira), au regard des exigences financières que peut avoir Paris par rapport au Fair Play Financier et en comparaison avec d’autres pistes difficilement atteignables (la Juve demande 60M€ pour Alex Sandro, Leverkusen 45 pour Wendell et Chelsea 100 pour Kanté). Il ne manque donc pas grand-chose aux coéquipiers d’Adrien Rabiot, qui semble, malgré les rumeurs, bien parti pour rester une année supplémentaire, pour viser enfin le trophée que le club bade tant depuis 2011. Seulement on le sait, le mercato peut souvent réserver des surprises dans les derniers instants, et il n’est aujourd’hui pas exclu, même avec la vente conséquente de Gonçalo Guedes à Valence (57M€ bonus inclus selon RMC Sport), que l’effectif de Thomas Tuchel soit déjà dessiné. Lui qui semble faire autant confiance aux jeunes issus du centre de formation, au point de retenir Nsoki et Diaby notamment, qui étaient pourtant annoncés en prêt dans différents clubs de l’élite. Comme quoi, le nouvel entraîneur parisien n’a pas fini de nous surprendre. Malgré tout, on lui souhaite d’avoir un banc un peu plus fourni qu’actuellement. Car encore une fois, pour la Ligue 1, cela suffit amplement. Mais pour aller décrocher la Ligue des Champions, il aura besoin de 15-16 joueurs de niveau international.

Damien Chédeville

 

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Crédits photos : psg.fr ; orainfo.com