Que manque-t-il à l’OL pour être le dauphin du PSG ?

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Des lacunes tactiques… mais pas que !

Désigné comme successeur légitime de l’AS Monaco, tombé dans les bas-fonds de la Ligue 1 en raison d’une politique sportive trop portée sur le risque, l’Olympique Lyonnais n’est toujours pas arrivé à maturité. Sauf qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de jeunesse de l’effectif, mais davantage d’une somme d’approximations tactiques, au niveau de l’investissement, de la concentration… mais surtout sur le plan collectif ! A l’issue de cette 11e journée du championnat de France, Lille sera toujours le dauphin du Paris Saint-Germain au classement, pour la 5e fois depuis le début de saison. Une situation qui était évidemment difficile à anticiper, tant l’OM et surtout l’OL étaient attendus au tournant au mois d’août. Alors bien sûr il faudra attendre a minima la trêve hivernale pour savoir si le LOSC n’est qu’un feu de paille, et s’il ne vit pas là sa période la plus faste de l’exercice 2018-2019. Mais ce qui est certain, c’est que Lyon ne donne pas autant de satisfaction, et ne dégage pas autant d’assurance que l’on aurait pu l’imaginer. Voilà presque trois ans que Bruno Genesio a remplacé au pied levé Hubert Fournier (24 décembre 2015), et voilà trois ans que le club rhodanien cherche ses repères. Et même si beaucoup s’aventurent à expliquer que le problème numéro un du septuple champion de France demeure sur son banc, la vérité est un peu plus nuancée. Alors oui, cette équipe, qui n’a que très peu bougé, à l’inverse de Monaco par exemple, ces deux dernières années, est décevante dans ses résultats. Même avec une demi-finale de Ligue Europa au compteur, et une place en Ligue des Champions obtenue deux fois sur trois depuis 2016, l’impression reste la même au regard des matchs de l’OL. Un amer sentiment que ce collectif peut beaucoup mieux, et qu’il ne fait pas souvent pas les efforts durant l’intégralité d’un match, et dans le même état d’esprit. Et ça, ce n’est pas (que) la faute de l’entraîneur olympien. Il y a aussi parfois, pour ne pas dire souvent, un manque d’investissement de la part de certains joueurs. Rageant, surtout quand on sait maintenant que cette équipe est capable de battre n’importe quel gros d’Europe.

 


Une équipe capable de battre n’importe qui…

C’est en tout cas ce qui a été démontré en coupe d’Europe, lorsque les Gones sont allés chercher une victoire sur le terrain de Manchester City (2-1), le 19 septembre dernier. Et celle-là, c’était surtout celle de Bruno Genesio justement ! Voilà pourquoi tous les maux lyonnais ne viennent pas exclusivement du banc selon Fastfoot. Alors évidemment, les pérégrinations tactiques de l’ancien coach de la réserve du club énervent. Pourquoi change-t-il si souvent de système de jeu, sans jamais trouver la formule adéquate, quand un Lucien Favre cartonne à Dortmund avec un effectif aussi jeune (24 et 2 mois de moyenne, contre 23 ans et 6 mois pour Lyon) en trois mois de temps ? Pourquoi n’a-t-il pas fait davantage progresser certains joueurs à son contact (Diakhaby, Tousart, Cornet, Traoré), tandis que Leonardo Jardim arrivait jusqu’à cette saison à reconstruire une équipe compétitive après chaque mercato d’été, aussi meurtrier était-il ? Voilà des questions que l’on est effectivement en droit de se poser, comme une partie des supporters lyonnais, qui réclament systématiquement son départ depuis des mois. Seulement mérite-t-il l’acharnement dont il fait l’objet sur les réseaux sociaux, notamment ce soir où il fêtait son anniversaire et où il a été pris à partie en compagnie de sa fille dans les rues de la capitale des Gaules ? Certainement pas. Tactiquement pourtant, on peut lui reprocher des choses. Si l’on se penche deux minutes sur le jeu de l’OL cette saison, largement semblable à celui proposé lors du dernier exercice, on se rend compte que cette équipe est beaucoup trop dépendante de ses individualités, et qu’elle ne fait la différence lorsqu’elle gagne, pratiquement que sur des exploits techniques ou individuels. Un problème, quand il s’agit de montrer une certaine cohérence, une certaine solidité collective. En cela, l’OL ressemble à s’y méprendre au PSG, à un tout autre niveau, bien évidemment. Lorsqu’il s’agit de la Ligue 1, la Formule 1 emmenée par Thomas Tuchel impressionne, enfonce tout sur son passage, enfilant les buts. Le tout, avec seulement deux milieux de terrain à vocation défensive. Jusqu’à maintenant, on n’a pas eu (trop) à se plaindre du spectacle.

 


…Mais aussi de faire preuve de grosses lacunes

Seulement devant Liverpool (défaite 3-2) il y a quelques semaines et face à Naples ce mercredi (match nul 2-2) en C1, le champion de France en titre a montré toutes ses lacunes tactiques. Pas de replacement défensif, peu de couvertures, pas de coulissement du bloc lorsqu’un joueur se risque à attaquer. Des petits manques sur le papier, mais qui ont de grandes conséquences sur le terrain, lorsque vous avez en face de vous une des 10 meilleures équipes d’Europe. Pour le coup, on ne pas reprocher à Lyon d’être faible face aux forts. C’est même devenu une spécialité des coéquipiers de Memphis Depay, de se montrer sous leur meilleur jour face aux gros, que ce soit en Ligue 1 (Monaco, Marseille, Paris), ou bien en Ligue des Champions. Bizarrement c’est avant tout contre des équipes dites "faibles", que le collectif de l’OL se délite. Pourquoi ? Car quand vous ne faites pas les mêmes efforts que face à meilleur que vous, vous tombez dans la facilité, dans la nonchalance. Et qu’en face, au contraire, on est là pour se battre, pour prendre des points afin de sauver sa peau dans l’élite. Mais il y a aussi une sorte de déséquilibre chronique que l’on remarque dans cette équipe lyonnaise. Un déséquilibre qui vient bien évidemment du système préférentiel utilisé par Bruno Genesio, le 4-2-3-1. Qui vient aussi du manque d’implication au niveau défensif des ailiers (Aouar, Depay, Traoré), et puis du fait que l’un des deux (seuls) milieux de terrain défensifs se projette souvent vers l’avant (Ndombele), en oubliant que ses montées ne sont pas couvertes, et qu’il a avant tout, dans un tel schéma tactique, un rôle important à jouer à la récupération, lorsque son équipe n’a pas le ballon. Voilà pourquoi ce collectif est si déséquilibré, et voilà pourquoi l’OL est une des équipes de Ligue 1 qui concède le plus de tirs (plus de 160 après le match d’Angers), le plus de centres, mais aussi le plus d’expected goals (14e de l’élite), comme l’a fait remarquer très justement sur Twitter le spécialiste tactique et des chiffres Raphaël Cosmidis. La solution ? Revenir à une disposition plus prudente, moins dépendante des exploits de ses attaquants et des interventions des deux milieux isolés.



Un système qui ne prend pas et fait débat

Depuis plusieurs mois, pour ne pas dire plusieurs années, Fastfoot milite durement pour que l’OL revienne à l’ADN du club qui avait enchaîné sept titres de champion de France d’affilée. Un 4-4-2 en losange, qui peut se transformer en 4-3-3 en phase offensive, mais qui ressemble surtout beaucoup plus à ce que travaillent les jeunes du centre de formation olympien, reconnu dans tout le continent. Surtout, l’idée est d’utiliser un schéma qui exploit au maximum les qualités des joueurs qui peuplent de ce onze-type. Par exemple, au vu de son engagement sur le terrain ces derniers temps, Bertrand Traoré pourrait parfaitement laisser sa place à un milieu supplémentaire que peut être Pape Cheickh Diop. Ce dernier a montré de belles dispositions lorsqu’il a eu la chance de démarrer en Ligue 1, et pourrait par ailleurs permettre à Houssem Aouar, très à l’aise dans une position élevée sur le terrain, mais pas sur un côté - là où il est utilisé le plus souvent - de prendre davantage le jeu à son compte. Sans se soucier évidemment, en tout cas pas autant qu’aujourd’hui, des tâches défensives qui lui incombent. Dans un rôle de numéro 10, qui plus est quand vous avez trois joueurs derrière vous, il est bien plus légitime de prendre des risques, que lorsque vous évoluez dans un couloir où vous mettez potentiellement votre latéral en difficulté, face à deux adversaires. Et comme on le sait, les buts viennent très souvent des ailes. C’est d’ailleurs en partie à cause des pertes de balle de ses ailiers, que l’OL se fait aussi souvent déborder sur les côtés, et concède autant de centres dans le jeu, et donc de buts évitables. Houssem Aouar en 10, un trio plus solide au milieu avec Diop, Tousart et Ndombele, et bien évidemment un duo d’attaque Depay-Dembélé, qui a déjà fait toutes ses preuves jusqu’à maintenant, ça ressemble à un collectif. S’il n’avait pas été signalé en position de hors-jeu ce samedi face à Angers, l’ancien attaquant du Celtic aurait ainsi inscrit son 4e but en autant de matchs de championnat.

 


Le potentiel pour faire bien plus… mais ensemble

Tandis que Memphis Depay, buteur et passeur décisif face aux joueurs de Stéphane Moulin, est maintenant impliqué dans 45 buts (27 buts, 18 passes décisives), dans les 64 matchs de L1 auxquels il a pris part. Un ratio énorme, pour un joueur qui n’évolue pas à la pointe de l’attaque lyonnaise, d’autant plus quand on sait qu’il peut parfois passer totalement à côté de ses matchs. Pour le reste, on le sait, le grand chantier de l’été dernier, à savoir celui de la défense centrale, n’a pas été mené à bien par le président Jean-Michel Aulas. Lui qui pensait avoir les arguments pour attirer successivement Abdou Diallo, finalement convaincu par le projet de Dortmund, et le Portugais du Benfica Lisbonne, Ruben Dias, a dû finalement se rabattre en urgence sur le profil de Jason Denayer, placardisé à Manchester City. Pas une mauvaise idée, au vu des performances de ce dernier, seulement ça reste très loin de ce qu’on est en droit d’espérer pour le 2 budget du championnat. D’autant plus quand on a eu la chance de conserver Nabil Fékir, même indisponible ces derniers temps. On se doit d’être ambitieux. Mais être ambitieux ne veut pas dire être suicidaire en langage footballistique. Et bien souvent, l’OL l’est. Bruno Genesio le premier, lui le décideur. Mais ses hommes aussi le sont, et ça, il ne faut pas l’oublier. Et dans un football moderne qui sanctionne cash les déséquilibres, évidemment Lyon a de grosses difficultés pour se hisser encore plus haut que la 4e place actuellement occupée, avant le coup d’envoi du Classico. Bref, on l’a compris, il bien mieux à faire entre Rhône et Saône, avec les moyens dont dispose Jean-Michel Aulas et ses lieutenants. Maintenant on le sait aussi, historiquement Lyon a du mal à démarrer ses saisons, et termine au contraire souvent en boulet de canon à partir du mois de mars. Alors ne jugeons pas trop vite des résultats d’apparence décevants au regard du niveau qu’est capable d’atteindre ce club. Mais continuons d’élever le niveau d’exigence. Car c’est en faisant de même, que les jeunes joueurs lyonnais se rendront compte de leur réel potentiel… s’ils jouent ensemble !

Damien Chédeville

 

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Crédits photos : olweb.fr (Stéphane Guiochon)