Qu’est ce qui cloche à l’OM ?

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Zubizarreta peine à se faire entendre, Garcia prend (trop) de place

Pendant que le PSG peut se permettre d’aligner deux matchs nuls d’affilée en Ligue 1 (après 14 victoires de rang), tout en conservant 14 points d’avance au classement sur son dauphin, Lille, les deux olympiques sont au ralenti. Et même si l’OL est tout de même à deux doigts de décrocher une qualification pour les 8es de finale de la Ligue des champions, l’OM a justement toutes les peines du monde à courir après cet objectif ultime qu’est la C1. Projet Dortmund, Champion’s Project… Depuis quasiment une décennie -huit ans et demi pour être précis-, et le dernier titre de champion de France décroché par l’OM (2010), les présidents se succèdent à la Commanderie, et les projets aussi. Tous plus pompeux et ambitieux les uns que les autres. Il faut dire que dans la cité phocéenne, on est exigeant avec son équipe. C’est peut-être pour cela, par envie de bien faire, que l’on s’enflamme un peu vite à la tête de club. Peut-être aussi parce que l’Olympique de Marseille est encore à ce jour le plus beau palmarès du football français, non pas en nombre de titres (36 trophées pour le PSG contre 25 pour l’OM). Mais évidemment car la Ligue des champions n’a trouvé refuge en France, jusqu’à aujourd’hui, que sur la Cannebière. Le problème, c’est qu’ici plus qu’ailleurs, on a beaucoup de mal à gérer les fameuses périodes de transition. Celles qui permettent à un club en fin de cycle, de pouvoir repartir sur de nouvelles bases, avec de nouvelles têtes. A l’OM, on a en effet l’impression que les mêmes erreurs sont répétées à chaque fois. Si bien que sur les huit dernières saisons, et alors que le budget du club n’a jamais été au-delà de la 4e place de l’élite, Marseille n’a terminé que deux fois sur le podium. Deux malheureuses saisons à pouvoir goûter à nouveau à cette musique magique qui vous transporte à l’entrée des joueurs sur la pelouse d’un stade Vélodrome en fusion. Alors oui, on peut affirmer aujourd’hui que les directions successives n’ont pas été à la hauteur des supporters olympiens, toujours aussi fidèles et dévoués, eux. Ils n’ont pas non plus été à la hauteur des enjeux sportifs qu’ils ont fixé à leurs équipes respectives, même quand ceux-ci étaient inatteignables.


Pas si facile l'après Louis-Dreyfus

Soit par manque d’investissement, soit par volonté de cacher la réalité à cet environnement si exigeant du club, soit par amateurisme, comme cela semble être le cas aujourd’hui. Le problème, c’est que lorsque vous voyez débarquer un milliardaire américain en grandes pompes dans votre ville, et qu’il vous vend la Ligue des champions et un statut de challenger du PSG, dès qu’il ouvre la bouche, vous pouvez difficilement faire autre chose que vous enflammer. Or, c’est exactement ce qui s’est passé avec l’arrivée de Frank Mc Court à l’OM, qui a tout de suite agité cette enveloppe de 200 millions d’euros à injecter. Affublé du reste, d’un président qui ne connaissait pas grand chose au football avant cela, mais qui est réputé très bon communicant, l’ancien propriétaire des Dodgers de Los Angeles s’est peut-être vu trop beau, trop vite. Il n’a certainement pas pris conscience de l’ampleur du chantier qui se dressait devant lui. Et même si Jacques-Henri Eyraud a finalement rapidement compris qu’il fallait demander du temps aux médias et au public, le mal était déjà fait. On avait ainsi promis d’effacer le traumatisme Bielsa des têtes marseillaises, et de faire une croix définitive sur la présidence Labrune, tout en tournant définitivement la page Louis-Dreyfus. Pas facile. Pas facile parce qu’il y avait tout à refaire. Remonter une structure de formation digne de ce nom, laquelle n’avait plus sorti de « minots » depuis Samir Nasri. Construire une cellule de recrutement, afin de chasser les meilleurs jeunes de la région, et plus globalement de France et d’Europe, comme le font le PSG, Lyon, Monaco, Rennes, Montpellier… Et bien évidemment bâtir une nouvelle équipe avec des joueurs non seulement talentueux, mais surtout armés pour répondre à la pression permanente du public marseillais. Pas simple encore une fois, même si dans une période pas si éloignée, Marcelo Bielsa avait réussi à faire des miracles et à rentrer à vie dans le cœur des supporters olympiens, en sublimant des joueurs comme Florian Thauvin, Benjamin Mendy, Mario Lemina, André-Pierre Gignac, Michy Batshuayi, Dimitri Payet, Giannelli Imbula, ou encore Brice Dja Djédjé. Le problème, c’est qu’à l’époque, même si le technicien argentin jouissait déjà d’une belle cote, on savait que son effectif n’était pas armé pour jouer l’Europe. Et assez logiquement finalement, il terminera 5e. Sauf qu’en une saison, il aura fait progresser une bonne demi-douzaine de joueurs jugés jusque-là corrects mais sans plus, qui finiront d’ailleurs pour la plupart internationaux. Voilà ce que l’on demande à Rudi Garcia aujourd’hui.


Un investissement considérable... pour peu d'effets!

A la différence près, et elle est de taille, c’est que lui a eu le loisir de dépenser presque 170 millions d’euros (168 millions selon les chiffres de Transfermarkt) sur le marché des transferts depuis octobre 2016 et son arrivée au club à la veille d’un PSG-OM. Et depuis deux ans qu’il officie sur le banc olympien, on a malheureusement vu peu de progression dans le jeu, et chez certains joueurs plutôt attendus. Jordan Amavi a tellement régressé qu’il n’est même plus titulaire à gauche. Boubacar Kamara, le grand espoir phocéen en défense, est tout le temps baladé à tous les postes défensifs, à tel point qu’on se demande si son entraîneur ne freine pas son ascension. Maxime Lopez, qui avait pourtant explosé sous ses ordres, n’est maintenant plus qu’une alternative dans les dix dernières minutes ou bien en Ligue Europa. Les recrues de cet été, Caleta-Car et Radonjic ne font même plus partie du turn-over dernièrement, au point que l’ancien technicien de la Roma préfère faire appel à Rolando, tout juste de retour d’une grave blessure. Et alors inutile de parler des attaquants marseillais, que ce soit Valère Germain, Clinton N’Jie, et même pire, Kostas Mitroglou, car on n’a plus de mots assez durs pour qualifier leurs prestations sur le terrain. Finalement, il n’y a bien que Lucas Ocampos qui a donné satisfaction depuis quelques mois, par l’engagement dont il fait preuve à chaque sortie, y compris du point de vue des tâches défensives, à défaut de faire lever le Vélodrome avec des buts extraordinaires. Bref, même Steve Mandanda n’est que l’ombre de lui-même, et Bouna Sarr, que certains annonçaient aux portes de l’équipe de France à la veille du Mondial, s’est transformé en fantôme dans son couloir droit. Dans ces conditions, et quand on jette un coup d’œil rapide sur le parcours de l’OM cette saison en Ligue Europa, comment peut-on imaginer sérieusement que Rudi Garcia emmènera cette équipe en Ligue des champions en 2019 ? Impossible ! Car même si mathématiquement il n’y a aucun drame en Ligue 1 (Marseille est à 4 points de Lille, 2e), le bilan est évidemment très faible, à quelques jours de la trêve hivernale. Le problème, et il est le même qu’à Lyon bizarrement, c’est que depuis deux ans, on s’est habitué aux fulgurances de Florian Thauvin et Dimitri Payet, qui effectivement sont capables de faire des différences individuelles incroyables, comme ce fut le cas durant le parcours européen pour le coup remarquable de l’OM la saison passée (finaliste de C3).


Zubizarreta, l'homme qui n'était pas écouté

Du coup, on se satisfait de résultats qui ne sont, certes, pas catastrophiques, mais sans commune mesure avec ce qu’ils devraient être au regard des investissements consentis. Deuxième aspect, il n’y a pas de garde-fou face à Rudi Garcia. Andoni Zubizarreta, qui a été présenté à son arrivée comme directeur sportif, n’est en réalité responsable de la formation et de la cellule de recrutement, tout au plus. Il serait incapable aujourd’hui de s’élever face à Jacques-Henri Eyraud, contre son entraîneur, car ce dernier a toutes les cartes en main. A tel point que depuis un mois et demi, on parle même d’une prolongation de deux ans dans les tuyaux, soit jusqu’en juin 2021. Une prolongation pour un homme qui a pris le pouvoir sur le mercato, périmètre qui devrait appartenir au directeur sportif, et qui a lui-même fait venir en activant ses réseaux, le duo Caleta-Car - Radonjic… qu’il ne fait pas jouer ! Comme le rappelait récemment le journaliste indépendant Romain Molina dans une vidéo, Andoni Zubizarreta a presque accepté finalement, que son travail allait se limiter à monter une académie digne de ce nom et à la hauteur de ce qu’il a connu en Espagne, notamment au FC Barcelone. A nouer des partenariats avec des clubs, des écoles de foot locales à Marseille et ses environs. Et donc à déployer une nouvelle cellule de recrutement, une nouvelle équipe de scouts… dont les idées ne sont pas reprises ! Dani Ceballos, Inaki Williams, Iker Muniain… nombreux sont les exemples de joueurs que l’ancien portier international espagnol a proposé à la direction olympienne et à Rudi Garcia, sans que ces choix ne soient validés, écoutés même. Non, l’état-major olympien a préféré poser 25M€ sur Strootman, un ancien lieutenant de Garcia, clone de Luiz Gustavo au milieu de terrain, alors que Marseille manque cruellement d’un créateur dans le cœur du jeu. Bref, on est en présence d’un organigramme au sein duquel un président novice exerce à un niveau de responsabilité qu’il n’avait jamais eu, dans un secteur, le foot, qui plus est à l’OM, dont il ne maîtrise pas les codes.


Les individualités ne font pas une bonne équipe

On a un directeur sportif qui ne fait pas de bruit et qui travaille, mais dont les idées ne sont pas reprises, à part au niveau de la formation, où les chantiers sont bien souvent très longs, et où il faut donc du temps pour obtenir des résultats. Et on a un entraîneur qui ne fait pas progresser son équipe depuis deux ans, passant d’un système à l’autre sans trop savoir pourquoi, et avec des joueurs qui ne semblent finalement pas complémentaires. Alors aujourd’hui, ce qui sauve l’OM, c’est que Lyon est exactement dans la même situation, capable de battre Manchester City en C1, et de perdre contre Reims en Ligue 1. C’est que Monaco n’est que le cadavre de ce qu’avait été la brillante équipe championne de France 2017. Et surtout, ce qui sauve Rudi Garcia, ce sont les fulgurances de Florian Thauvin très souvent (11 buts, 2 passes décisives en L1), de Dimitri Payet régulièrement (4 buts et 5 passes) et de Morgan Sanson (3 buts, 3 passes), pourtant trop sous-exploité. Attention à ce que les choses ne tournent pas trop à l’envers, comme cela semble être le cas actuellement, avec cette élimination en Ligue Europa et l’humiliation de Francfort (défaite 4-0), ainsi que les contre-performances en championnat (nul contre Reims, défaite à Nantes). Car à Marseille on le sait, tout va très vite, et le public peut rapidement se retourner contre son entraîneur, et pire, contre sa direction et même son propriétaire. Dans toute entreprise, les cadres sont jugés sur les résultats. Et si d’aventure Rudi Garcia et donc Jacques-Henri Eyraud venaient à ne pas qualifier l’OM pour la future Ligue des champions, et ce, pour la troisième fois d’affilée, malgré 170 millions d’euros d’investissement sur l’équipe (119,5M€ pour l’OL dans le même temps, 93,6 pour le LOSC), leurs positions pourraient bien devenir intenables, même avec une prolongation en poche concernant le coach olympien. Alors bien évidemment, tout n’est pas à jeter dans cet OM-là, même si certaines décisions, comme l’achat de Mitroglou, le non remplacement de Zambo-Anguissa ou encore la non anticipation de la succession de Steve Mandanda frisent l’amateurisme. Il y a de bons joueurs dans cette équipe, qui peuvent tirer Marseille vers le haut. Seulement Florian Thauvin l’a avoué lui-même, avec tout l’attachement qu’il a pour l’OM, il sera difficile pour lui de disputer une saison supplémentaire avec ce maillot, sans connaître la fièvre des grandes soirées européennes. Et franchement on le comprend…

Damien Chédeville

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Crédits photos : om.net (Allan Chaussard)