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Quand une légende du club succède à une autre

Victime d’un début de saison chaotique à la tête de l’AS Monaco (8 défaites en 12 matchs), seulement 18e de Ligue 1 et battue deux fois de suite en Ligue des champions, Leonardo Jardim n’aura donc pas résisté aux affres du football moderne. Seulement, comme pour Arsène Wenger à Arsenal il y a quelques mois (à un tout autre niveau), son départ cette semaine s’est fait dans la douceur et dans le respect de l’homme et de ce qu’il a apporté à l’octuple champion de France. Lucien Leduc, Arsène Wenger, Jean Tigana, Claude Puel, Didier Deschamps… A la minute où la direction de l’AS Monaco lui a signifié son éviction, dans le calme et le respect que l’on réserve aux plus grands, Leonardo Jardim a rejoint tous ces hommes au panthéon des meilleurs coachs de l’histoire du club de la Principauté. Pas seulement parce qu’il a amené ce fameux 8e titre de champion de France à l’ASM, dans une période de domination totale du Paris Saint-Germain sur le championnat de France et le football français en général. Pas seulement parce qu’il a porté cette institution si controversée au sein même de cette ligue, en quart de finale de la Ligue des champions (2015), puis dans le dernier carré de cette même compétition prestigieuse (2017). Et pas seulement parce qu’il aura terminé quatre fois sur le podium de l’élite, à chaque fois qu’il aura pu terminer une saison sur le banc asémiste. Non, Leonardo Jardim restera dans l’histoire du club monégasque au-delà de ses résultats, mais avant tout parce qu’il aura accompagné jusqu’au plus haut niveau, plusieurs générations de grands espoirs du football français, mais pas que. Avant lui, l’AS Monaco avait déjà porté de nombreux jeunes aux différentes époques qui ont fait la gloire du Rocher. Henri Biancheri, Jean Petit, Jean-Luc Ettori, Bruno Bellone, Manuel Amoros, Claude Puel, Emmanuel Petit, Lilian Thuram, Thierry Henry, David Trezeguet, Philippe Christanval… Tous sont passés dans les mains expertes des formateurs de l’ASM, l’une des pépinières les plus reconnues en France depuis des décennies.

 

Jardim, un bâtisseur (déjà) rentré dans l’histoire

Seulement pour une fois, le technicien lusitanien aura fait bien plus que guider de prometteurs athlètes vers le succès. Il aura amené une philosophie, lui le grand admirateur du sociologue français Edgar Morin. Une méthode de travail. Des préceptes forts dans la gestion humaine et l’accompagnement des jeunes, et plus globalement d’un groupe, dont il a su, chaque année, tirer la quintessence. C’est même lui qui parfois a été à l’origine de certains recrutements, en travailleur invétéré qu’il est, à écumer les tournois de jeunes (Festival Espoirs de Toulon entre autres) comme un certain Marcelo Bielsa, toujours à la recherche de nouvelles pépites. Car il aime faire grandir ses joueurs. Anthony Martial, Djibril Sidibé, Benjamin Mendy, Tiémoué Bakayoko, Thomas Lemar et bien évidemment Kylian Mbappé, c’est lui ! Et même si certains ont eu un parcours avant lui et avant Monaco, c’est lui qui les a fait devenir des champions. Fabinho, Bernardo Silva, Yannick Ferreira Carrasco, Geoffrey Kondogbia, c’est aussi lui ! Alors bien sûr, tous ces hommes n’ont pas brillé de la même manière, lorsqu’ils se sont envolés loin du centre d’entraînement de la Turbie. Mais justement, Leonardo Jardim a su tirer le maximum de ces graines de champions. Alors au moment de faire ses valises, celui que personne ne connaissait à la succession de Claudio Ranieri en 2014, peut se dire qu’il a accompli sa mission. Son discours ne passait sans doute plus auprès des joueurs. Il faut dire que les innombrables bouleversements d’effectifs décidés par la direction du club ne l’ont pas aidé. Mais il s’en accommodait jusqu’à maintenant, affublé de ce costume d’incroyable compétiteur, et d’un salaire, il est vrai, très confortable (350.000€/mois). Car son défi à lui, ce n’était pas simplement d’amener l’AS Monaco sur le podium, mais aussi de faire éclore des joueurs, dont il savait que leur temps était compté sur les bords de la Méditerranée. Il avait d’ailleurs commencé en avalant la pilule des départs non anticipés de Radamel Falcao et James Rodriguez. L’histoire retiendra qu’il aura terminé son mandat sur le banc de l’ASM, avec seulement cinq survivants du onze type du titre obtenu seulement 16 mois plus tôt. "Je suis reconnaissant et fier d’avoir pu entraîner l’AS Monaco durant plus de quatre années. J’ai toujours donné le meilleur de moi-même et travaillé avec passion. Nous avons remporté de grandes victoires ensemble et je garderai toujours ces souvenirs en moi.
Daghe Munegu."


Des records sur tous les plans

Jusqu’au bout, le coach portugais, "El Tactico" comme Benjamin Mendy aime encore à l’appeler, jusque dans son message d’hommage publié sur Instagram, aura été classe. Bernardo Silva, Fabinho ou même Sofiane Diop, qu’il a accueilli et fait débuter en professionnel en août dernier, beaucoup d’entre eux se sont pressés pour saluer celui qui leur a donné un visage. D’une fidélité extrême au club, qui va certes lui verser un chèque conséquent pour entériner son départ (entre 6 et 10 millions d’euros), il n’a jamais dit un mot plus haut que l’autre. Souvent raillé par les médias lorsqu’il s’exprimait en français avec un fort accent issu de sa langue natale, le Portugais, il aura toujours pris les moqueries, les critiques, avec recul et dérision. Preuve d’une intelligence extrême, celle qui lui a valu de terminer champion de France avec une ribambelle de records derrière lui (95 points, 16 victoires d’affilée, 107 buts marqués…), et surtout avec une équipe que personne n’avait senti arriver. Bref, le genre de parcours qui fait qu’un entraîneur, qu’un meneur d’hommes comme Leonardo Jardim, rentre un jour dans le cœur de tous et dans l’histoire d’un club. Ce qui nous a frappé depuis qu’on le savait sur le départ, remercié presque à contrecœur par sa direction et par son acolyte, Vadim Vasilyev, c’est la façon dont tous les supporters, observateurs, joueurs, homologues, journalistes, ont unanimement reconnu la grandeur de son travail. Pour preuve, son nom était même scandé durant la dernière défaite en date de l’ASM, dans son propre stade, Louis II, face à Rennes, alors même que les coéquipiers de Radamel Falcao n’ont plus goûté à la victoire en match officiel depuis le 11 août dernier, à Nantes (succès 3-1), en ouverture de la Ligue 1. Il faut dire qu’en plus des résultats, et malgré ses conditions de travail très précaires à chaque intersaison, le bougre aura tout de même fait rentrer près de 412 millions d’euros nets, dans les caisses du club (854M€ de ventes, contre 442M€ d’achats selon Transfermarkt). Seulement, comme au FC Porto précédemment ou bien encore à Arsenal, la politique de trading de joueurs, initiée par le président Dmitry Rybolovlev et son bras droit Vadim Vasilyev, cette stratégie a une limite, et elle s’appelle le temps.


Un héritage qui ressemble à l’ASM

Car du temps, Leonardo Jardim en a eu très peu à chaque intersaison, pour remonter une équipe compétitive, capable de tenir tête au PSG, mais également aux concurrents plus à sa taille que sont l’OL et l’OM en Ligue 1, et pour être au minimum crédible en coupe d’Europe. Du temps, son successeur en aura certainement plus. Car Thierry Henry, aussi grand footballeur qu’il a été, en commençant justement tout petit à l’AS Monaco, n’a pour ainsi dire aucune expérience en tant que numéro un sur un banc de touche. Tout juste a-t-il aidé Roberto Martinez en tant que deuxième adjoint, à hisser la Belgique, dotée d’une génération ultra prometteuse depuis plusieurs années, au 3e rang de la planète à la coupe du Monde en Russie, avant de siéger en cette rentrée au sommet du classement Fifa. Seulement, comme Jean Tigana (40 ans en 1995), Claude Puel (38 ans en 1999) et Didier Deschamps (33 ans en 2001) à leur époque, Monaco a décidé de faire confiance à un novice. Mais pas n’importe lequel. Un novice qui a immédiatement été adoubé par le Prince Albert en personne. "J’accueillerai Thierry Henry à bras ouverts et nous ferons tout pour qu’il se sente bien", s’est-il ainsi épanché dans les colonnes du quotidien Nice Matin. Un novice donc, mais qui a du charisme, et qui a derrière lui une carrière auréolée de titres aussi prestigieux que la Ligue des champions (2009), l’Euro (2000) et bien évidemment la coupe du Monde (1998), le trophée le plus prestigieux pour un footballeur professionnel. Alors bien sûr, le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France (51 réalisations en 123 sélections), en attendant que Kylian Mbappé ne l’efface des tablettes, ne va pas avoir une tâche facile. Car il hérite tout de même d’une situation comptable médiocre, tant en Ligue 1 (18e avec 6 points à quatre longueurs du premier non relégable), qu’en Ligue des champions (2 défaites en deux matchs). Mais le défi qui l’attend semble être à la hauteur de son destin, grandissime. Et puis il embarque dans cette histoire, des gens qui ont déjà réussi de belles choses avec les jeunes, que ce soit Joao Carlos Valado Tralhao, entraîneur des U23 du Benfica Lisbonne, Patrick Kwame Ampadu, plus méconnu, mais tout de même entraîneur à l’Academy d’Arsenal jusque-là et en attendant Julien Stéphan, fils de Guy et coach de la réserve de Rennes, l’un des meilleurs pourvoyeurs de pépites en France (Sofiane Diop et Wilson Isidor en viennent).

 


Henry, le visage de l’avenir

Car s’il a accepté de relever le défi proposé par Monaco, c’est que Thierry Henry a reçu des garanties de la part de la direction. Sportives d’abord mais aussi financières, par rapport à ce qui pourra éventuellement être investi au mercato d’hiver. En attendant, celui qui a explosé aux yeux de tout le monde à l’ASM il y a 21 ans, devra faire avec l’effectif en place. Un effectif qui n’est pas dénué de qualités, loin de là, mais qui est très (trop ?) jeune et qui a perdu totalement confiance en son football. A commencer par les cadres du titre, Glik et Jemerson en défense, qui ne sont que l’ombre d’eux-mêmes. Heureusement, Radamel Falcao tente de tenir la baraque devant, en bon capitaine, mais sans grand succès malheureusement. Il faut dire que depuis le coup d’envoi de la saison, Monaco a compté jusqu’à 8-10 joueurs à l’infirmerie, dont une bonne partie de cadres, qui ont participé à la coupe du Monde. Aleksandr Golovin, la recrue phare de l’été enchaîne à peine ses premières sorties avec l’équipe. Stevan Jovetic, en qui beaucoup d’espoirs de renaissance reposent, vient de faire son retour à la compétition après une énième blessure musculaire, tout comme Danijel Subasic, qui malgré les critiques, reste un cadre de l’équipe en plus d’être avec Andrea Raggi un des rares historiques de l’époque de la remontée en Ligue 1, encore dans la place. Et puis l’absence durable de Rony Lopes, qui a porté l’ASM à bout de bras en deuxième partie de saison dernière, s’est faite lourdement sentir, autant que le vide qu’avait laissé le départ de Bernardo Silva il y a un an et demi. Avec un tel handicap, il apparaissait difficile pour Leonardo Jardim d’obtenir d’autres résultats, à la tête d’une équipe composée d’anciens pensionnaires de clubs qui jouaient le maintien, ou bien carrément de nouveaux venus dans le monde pro. Petit à petit, Thierry Henry va ainsi récupérer une ossature, un groupe qui correspond davantage aux objectifs élevés du club. Et même si dans un premier temps, le classement et la qualité de jeu seront moins importants que le résultat des matchs, il reste encore du temps, beaucoup même, pour faire que cette saison 2018-2019 soit plus qu’une simple année de transition pour l’ASM. Sans même parler de podium en L1, et sans même espérer passer les poules en C1. En tout cas, si Monaco a été entre des mains expertes durant les quatre dernières saisons, le champion de France 2017 le sera tout autant durant les trois saisons à venir. Car une légende vient de remplacer une légende.

Damien Chédeville

 
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Crédits photos : asmonaco.com