Comment Monaco peut-il (encore) se sauver ?

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La mission (presque) possible pour "The Revenant" Jardim

Englué à la 19e place de l’élite, deux ans après avoir fait rêver l’Europe entière avec un jeu léché, direct et prolifique, Monaco n’y arrive plus et depuis plusieurs mois. A tel point qu’après avoir tenté sans réussite le coup de poker Thierry Henry, l’enfant du club, les dirigeants monégasques ont décidé de s’en remettre à la philosophie de celui qui a fait le succès récent de l’ASM, Leonardo Jardim. Avec le risque qu’il soit déjà trop tard. Lorsqu’il est débarqué à la surprise générale après une 8e défaite face à Rennes, le 7 octobre dernier, le technicien portugais est certainement à mille lieux de penser qu’il sera de retour aux affaires trois mois et demi plus tard. Pourtant, après avoir tenté le pari fou Thierry Henry, novice sur un banc de touche, Dmitry Rybolovlev et Vadim Vasilyev ont dû se résoudre à assumer les multiples erreurs commises depuis le titre de champion de France 2017. De grosses prises de risque qui ont abouti à une situation comptable critique. Rendez-vous compte, après 22 journées, l’ASM ne compte que 15 points en championnat, soit six unités de moins qu’à la même période l’année de la dernière descente en Ligue 1, à l’issue de la saison 2010-2011. Cette saison-là pourtant, Monaco avait une belle génération, de joueurs taillés sur le Rocher, et promis à une belle carrière dans l’élite. Stéphane Ruffier, Nicolas N’Koulou, Cédric Mongongu, Thomas Mangani, Valère Germain… Une toute autre époque que cette ère prospère dominée par un empire russe, qui a vu jusqu’à maintenant l’argent couler à flot, et être dépensé à foison. Imaginez donc qu’en trois mois et demi, non seulement le club de la Principauté a fait revenir l’entraîneur qu’il avait lâchement limogé, mais il se retrouve à reprendre un employé auquel il a versé 8 millions d’euros d’indemnités, soit un peu moins que ce que va toucher Thierry Henry pour avoir dirigé une vingtaine de matches (4 victoires, 5 nuls, 11 défaites TCC). Tout en proposant au protégé de l’incontournable Jorges Mendes, de (bien) meilleures conditions que précédemment.


Un mercato et une mission commando

Bref, on nage en plein délire, en même temps qu’on s’empresse d’empiler les hommes dans un effectif pourtant déjà très (trop ?) fourni. Pourtant, Thierry Henry l’avait évoqué en conférence de presse, à peine deux heures avant d’être débarqué ce jeudi, pour mener à bien la mission maintien, il faudra "un groupe resserré, prêt à aller à la guerre". Difficile d’imaginer que des soldats comme Naldo, Ballo-Touré, Vainqueur et Gelson Martins, qui débarquent dans un contexte qu’ils n’ont pas choisi, dans l’optique de relancer leur carrière, vont vraiment avoir les ressources pour sauver un club, une équipe en perdition. Et que dire de Cesc Fabregas, qui a accepté de relever le défi gigantesque de redresser l’AS Monaco, uniquement parce que son ami Thierry le lui a demandé ? Aujourd’hui, avec son contrat de trois ans et demi en main, et alors que l’équipe n’est même pas capable d’aller accrocher ne serait-ce qu’un point crucial dans la lutte pour le maintien chez le 17e du championnat, il doit se dire qu’il s’est mis dans de beaux draps. Heureusement, face au mur, il y a toujours un infime espoir. Un infime espoir que les choses bougent, que les mentalités changent, et que les joueurs mouillent enfin le maillot pour le fanion et pour leurs fidèles supporters. On a souvent coutume de les moquer sur les réseaux sociaux, n’empêche qu’ils étaient encore près de 200 à Dijon, à espérer que la roue tourne. Bizarrement, c’est même ça qui nous fait penser aujourd’hui que tout n’est pas perdu. Car au moment où Rudi Garcia a semble-t-il définitivement perdu le Vélodrome, les rares soutiens de l’ASM continuent eux à être présents, d’autant plus à l’extérieur d’où Monaco a ramené ses trois petites victoires en L1 cette saison. Et ils continuent surtout à croire en un groupe jeune, certes renforcé au niveau de l’expérience en ce mercato d’hiver, mais qui a envie de prendre son destin entre ses mains. Les larmes de Benoît Badiashile, rare révélation de l’équipe princière, qui a gagné sa place à l’envie justement en défense centrale du haut de ses 17 ans, sont un signe d’appartenance fort. Au coup de sifflet final à Dijon, ce gamin, haut de son mètre 92, a démontré que certains n’en avaient pas rien à foutre de retrouver leur club de cœur, leur club de naissance, dans les abysses du championnat de France.



Le limogeage d’Henry, un aveu d’impuissance

Et lui comme tous ses partenaires du centre de formation, qui se sont empressés de rendre un vibrant hommage à Thierry Henry dès l’annonce de la fin de sa mission, sont dignes de la diagonale. Son frère Loïc, seul gardien à avoir donné satisfaction cette saison. Giulian Biancone, apparu furtivement avec l’équipe premières en Ligue des Champions, Kévin N’Doram, convalescent, Han-Noah Massengo, le phénomène du milieu aperçu que trop peu, sans oublier les « adoptés » Sofiane Diop et Wilson Isidor, venus parfaire leur mutation au niveau professionnel… Tous ont reconnu, ressenti la capacité de transmission de ce champion du Monde et d’Europe qui impose tant de respect. Malheureusement, il n’y a que peu de place au respect dans le football moderne, et la machine doit tourner, avec ou sans Thierry Henry. Alors voilà, maintenant il faut repartir de zéro, ou presque, et avec Leonardo Jardim. Surtout, il va falloir changer des choses, beaucoup de choses. D’abord les hommes. Certains nous font croire que l’on ne peut pas se sauver avec des gamins de 18 ans. Ceux-là oublient certainement qu’on ne peut pas non plus se sauver avec des joueurs qui n’ont pas ou plus envie de se défoncer pour leurs supporters, avec qui la rupture est consommée. Danijel Subasic, Jemerson, Djibril Sidibé, Andrea Raggi font partie des ruines du titre de 2017, et regardent peut-être trop leur situation personnelle, avant de jauger l’urgence de la situation. Kamil Glik n’en est pas loin, mais lui au moins assume, va au contact du virage ou du parcage à chaque match, et semble vouloir sortir de ce désarroi. Mais il ne peut pas le faire seul, et avec autant de mauvais choix tactiques. Ce qui nous amène au deuxième point. En plus de s’appuyer sur les jeunes, ceux qui ont été formés à la Turbie et qui "bandent" pour ces couleurs, à commencer par les frères Badiashile, il faut à tout prix changer de système de jeu ! En optant pour le très bankable 3-5-2, Leonardo Jardim et Thierry Henry pensaient pouvoir redonner confiance à l’équipe. Lui permettre d’être plus solide, plus compacte aussi derrière. Le problème, c’est que ce schéma n’a fait que fragiliser l’équipe, là où elle était déjà la plus friable, en son cœur. Pensez-vous sincèrement que la défense monégasque serait si friable (38 buts encaissés, 19e de l’élite), si elle n’était pas aussi peu protégée par son milieu de terrain ?



Monaco a besoin d’un 6 !

Il ne s’agit pas de pleurer les départs de Bakayoko, Moutinho et Fabinho, comme on le fait si souvent depuis deux ans. Non, à un moment donné, il faut avancer, et arrêter de ruminer, de bader les plus beaux souvenirs que nous ont offerts les cadors de 2017. Simplement de regarder la vérité en face, et d’accepter que l’ASM ait besoin d’évoluer dans un système resserré dans l’axe, avec plus d’assise dans le cœur du jeu, pour pouvoir se rassurer. A quoi bon vouloir développer son jeu sur les ailes, quand on prend aussi facilement le bouillon dans l’axe ? Voilà pourquoi Leonardo Jardim doit faire des choix forts, et repasser à une animation plus classique, moins risquée, en 4-4-2 losange par exemple. Et c’est là où on arrive au troisième point de notre développement : Monaco a besoin d’un numéro 6 ! Car c’est bien beau d’avoir des principes de jeu et de vouloir les traduire sur le terrain avec des joueurs uniquement techniques. Nous aussi le duo Tielemans-Fabregas nous fait saliver sur le papier. Seulement, qui récupère les ballons ? Qui met la pression sur l’adversaire au milieu ? Qui est là pour rassurer la défense ? Et qui peut rattraper les multiples approximations techniques aux abords de la surface de réparation, qui amènent systématiquement des situations de but ? Une sentinelle. Et pour le coup, sir Franck Passi ne devrait pas faire de vieux os au pied du Rocher, on pourra certainement le remercier d’être allé chercher William Vainqueur. Car oui, l’année du titre de l’ASM, le milieu défensif formé au FC Nantes a fait une grande saison, dans l’ombre, à l’Olympique de Marseille. Et il n’est pas improbable que l’OM se morde les doigts aujourd’hui, de ne pas avoir tout fait pour conserver un joueur qui aurait pu signer définitivement, avec une simple prime à la signature. En alternance avec Youssef Aït Bennasser, ils peuvent être à eux seuls, la solution aux problèmes récurrents des Monégasques. Entourés de Youri Tielemans sur la gauche, comme là où il évoluait le plus souvent à Anderlecht, et Cesc Fabregas sur la droite, libéré des tâches défensives, les deux tours de contrôle pourraient permettre en peu de temps à l’ASM de retrouver une assise dans un domaine où le vice-champion de France est déficient depuis le démarrage de la saison.



Une opération largement jouable… mais pas jouée

Ensuite, comme l’attaque asémiste est en manque cruel de réalisme, en plus d’être complètement décimée, l’équipe a besoin d’un joueur un peu libre qui fasse le liant entre les lignes, et qui donne de bons ballons à un duo Falcao-Lopes qui semble naturellement se former. Cet homme peut être Aleksandr Golovin, comme il peut être Sofiane Diop, l’autre pépite du club. Ce dernier, même si coupable de pas mal de déchet parfois, a toujours tout donné pour tenter de faire sortir Monaco de l’ornière. Il a même assumé de prendre le jeu à son compte en Ligue des Champions, lorsque Monaco se faisait malmener dans un groupe ultra relevé avec notamment l’Atlético Madrid et le Borussia Dortmund, deux finalistes récents de la compétition. Il mérite lui aussi une seconde chance. Car ce n’est pas l’expérience du haut niveau qui va sauver le club de sa situation, on l’a bien vu avec Naldo, coupable de s’être fait expulser pour la deuxième fois en seulement trois matchs de Ligue 1, face à Dijon. C’est au contraire le talent et la fougue qui va permettre dans un premier temps à l’ASM de retrouver durablement le chemin de la réussite et donc des filets, et peut-être des résultats positifs en série. Le bilan comptable est aujourd’hui ce qu’il est, et on ne pas le modifier. Par contre, on peut repartir sur de nouvelles bases, avec un nouvel état d’esprit, et surtout avec des gens qui ne sont pas encore trop atteints, des gens qui veulent se battre, qui arrêtent de parler, et qui se dépouillent enfin et réellement sur le terrain. Voilà pourquoi la jeunesse peut apporter des ressources insoupçonnées, là ou d’autres éléments historiques ont déjà lâché prise. Reste à savoir si Leonardo Jardim aura la lucidité et surtout le courage de changer les choses. Heureusement pour lui, le niveau de notre championnat est assez faible, ou homogène pour ceux qui préfèrent, et il n’est plus obligatoire d’atteindre la barre des 42 points pour se sauver. Pire, la 17e place n’est qu’à 3 misérables points au soir de cette 22e journée. Alors c’est le moment d’en profiter ! Maintenant ! Avant qu’il ne soit trop tard. Avant de se réveiller un beau soir de Domino’s Ligue 2 au stade François Coty. Et pour que le limogeage de Thierry Henry ne soit pas qu’une énième incartade sur un tableau bien noir…

Damien Chédeville

 
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Crédits photos : asmonaco.com (Stéphane Senaux)