Le Rocher, empire du milieu

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Le bonheur est dans le pressing

Plus de deux mois après avoir hérité de Manchester City à l’issue du tirage au sort des 8es de finale de la Ligue des Champions, Monaco, qui a terminé en tête d’un groupe très homogène, va enfin pouvoir étrenner à nouveau son onze que toute l’Europe envie à Leonardo Jardim à l’Etihad Stadium. Et si le costume de favori reste sur les épaules de l’actuel 2e de Premier League, qui avait atteint le dernier carré l’an dernier, l’admiration que Pep Guardiola peut avoir envers l’armada azuréenne en dit long sur l’ascendant psychologique. Et si Monaco répétait l’exploit de l’Emirates Stadium il y a deux ans, face à Arsenal? Et si Monaco faisait tomber pour la troisième fois de son histoire une équipe anglaise en match à élimination directe en C1? Après Manchester United en 1998 et ce but providentiel de David Trezeguet. Chelsea, et cette demi-finale de haute volée remportée lors de l’épopée en 2003-2004. Et plus récemment Arsenal, avec une leçon de football donné aux jours d’Arsène Wenger en 2015 avec les « rookies » de l’ASM. Monaco a en effet de nouveau l’occasion de marquer une autre page de sa longue histoire en coupes européennes. De la finale de Coupe des Coupes perdue face au Werder Brême en 1992, à cette malheureuse finale de Ligue des Champions face au FC Porto en 2004, en passant par les deux précédentes demi-finales dans cette C1, en 1994 contre le Milan AC des Baresi, Maldini, Desailly, Papin, Simone et Van Basten, et en 1998 contre la Juventus Turin de Zinédine Zidane, la Principauté a façonné son destin européen. Clin d’oeil du destin, c’est aussi l’équipe transalpine qui éliminera les coéquipiers d’Anthony Martial il y a deux ans, dans une confrontation pourtant dominée par l’ASM, mais truquée par le malin Giorgio Chiellini notamment. Bref, Manchester City, ce n’est pas une première pour le club de la Principauté, et ce n’en est pas non plus une pour Dmitry Rybolovlev et Vadim Vasilyev, les deux patrons du projet monégasque. Si bien qu’à l’heure de retrouver Manchester City en 8e de finale aller de la Ligue des Champions, Monaco est regonflé par son passif face aux écuries anglaises, à savoir trois qualifications en matchs à élimination directe sur trois, et deux succès obtenus cette saison en phase poules face à Tottenham, dont une démonstration à Wembley (succès 2-1).



Une force de frappe sur les ailes…

Car plus qu’un grand héritage sur le Vieux Continent, le club du Rocher a déjà laissé une trace indélébile en cet exercice 2016-2017, par les chiffres qu’il a essaimé derrière lui. Meilleure attaque européenne en championnat, avec 76 buts en 26 journées. C’est même 108 réalisations au total, toutes compétitions confondues en 41 matchs déjà disputés. Et c’est surtout une équipe qui se distingue par son jeu, ce 4-4-2 à plat version Leonardo Jardim, qui avait d’ailleurs valu à Didier Deschamps de connaître une finale de C1 à la tête de l’ASM. Un jeu direct, tout en verticalité, qui fait la part belle aux ailes, avec des latéraux très offensifs (Mendy, Sidibé et même Touré), mais également des milieux offensifs qui provoquent en permanence (Bernardo Silva, Lemar et Boschilia jusqu’à sa blessure récente). C’est aussi une qualité technique au-dessus de la moyenne, qui permet à ce collectif de relancer très vite, mais également de récupérer très haut, grâce à un pressing de tous les instants, et donc de porter le danger rapidement dans le camp adverse. Voilà ce que redoute beaucoup Pep Guardiola, lui qui mise également sur un collectif ultra offensif, qui s’appuie dernièrement sur deux relayeurs qui sont à la base des meneurs de jeu voire des attaquants, avec David Silva et Kevin De Bruyne. Un système qui a permis aux Citizens de redresser la barre après un gros passage à vide cet hiver, jusqu’à reprendre la place de dauphin de Chelsea à Tottenham, en Premier League. Avec ce milieu, l’ancien coach du Barça et du Bayern a en tout cas obtenu trois victoires et un match nul en quatre rencontres, quand il avait décroché quatre succès en tout début de saison dans cette même configuration tactique. Seulement si ce dispositif très offensif marche en Premier League où les temps morts n’ont pas droit de cité, le même schéma confronté à une équipe aussi bien organisée que l’ASM, demande confirmation. Surtout que dans l’ombre de ses ailes, Monaco travaille aussi beaucoup dans le coeur du jeu. Et c’est même en grande partie grâce à son duo Fabinho-Bakayoko que Leonardo Jardim arrive à imprimer une telle pression offensive sur ses adversaires. Car avec ces deux monstres à la récupération, le coach portugais peut se permettre de demander à ses joueurs de presser haut et fort.



…Qui découle de l’équilibre du milieu

Bien aidés qu’ils sont, parles deux ailiers de poche, Thomas Lemar et Bernardo Silva, qui font par ailleurs un travail remarquable au niveau du harcèlement de l’adversaire. Un harcèlement qui commence dès le front de l’attaque avec un insatiable Valère Germain, jamais avare d’efforts défensifs, et d’un accrocheur Radamel Falcao, qui n’a plus peur d’aller au contact désormais. Un labeur collectif donc, qui profite à Fabinho et Tiémoué Bakayoko, qui usent de leurs attributs athlétiques, mais surtout de leur vision du jeu et de leur capacité à anticiper, pour avoir toujours un coup d’avance dans la relance. Dans les faits, cela donne 68% de victoires pour Monaco, toutes compétitions confondues, lorsque le duo est bien aligné d’entrée (17 victoires, 3 nuls, 5 nuls). Mais c’est surtout seulement trois défaites en 25 matchs, face à Fenerbahçe (2-1) en 3e tour préliminaire aller de la C1, puis contre Nice à l’Allianz Riviera (4-0), et face à Lyon au stade Louis II (3-1). Un ratio de succès qui correspond sensiblement au taux de victoires de l’ASM toutes compétitions comprises cette saison (71%). Mais surtout, ce qu’il faut bien voir, c’est que lorsqu’aucun de ces deux éléments n’était présent dès le coup d’envoi, l’équipe de Leonardo Jardim s’est incliné deux fois (Toulouse et Leverkusen au retour) et a concédé un nul en sept matchs, soit 57% de victoires. Tout en sachant que les quatre succès obtenus sans Fabinho ni Bakayoko titulaires, l’ont été contre des équipes actuellement classés entre la 10e et la 15e place de Ligue 1 (Rennes, Angers, Nantes et Metz), donc pas dans des matchs clés, que ces deux derniers ont quasiment toujours disputé. Suffisant pour considérer que le tandem du milieu sera une des clés de la confrontation face à Manchester City, qui en l’absence longue durée d’Ilkay Gündogan, est contraint à faire confiance à son vétéran Yaya Touré, laissé sur la touche en début de saison en raison des relations tendues qu’entretiennent son sulfureux agent, et Pep Guardiola. De plus, l’arrivée de Gabriel Jesus qui avait coïncidé avec le retour de résultats pour les Citizens, a rapidement été court-circuité par la blessure à la cheville de ce dernier, forfait pour le reste de la saison. Il avait pourtant inscrit trois buts en deux matchs avant de sortir sur une civière.



City ou le déséquilibre permanent

Et puis comment ne pas parler de cette défense, qui a autant changé de visage depuis le début de la saison. Kolarov-Stones, Otamendi-Stones, Kolarov-Otamendi, Stones-Kompany, Clichy-Otamendi-Stones, Otamendi-Kompany, Kolarov-Otamendi-Stones, Stones-Sagna, Kolarov-Kompany. Cette litanie aussi pénible soit-elle, représente en effet les neuf charnières différentes dont a usé Pep Guardiola depuis ses débuts sur le banc des Citizens en août dernier. On dirait presque que le coach catalan s’est lancé un défi avec Bruno Genesio, qui a aligné avec l’OL, 13 formules différentes dans l’axe cette saison. Comment obtenir dans ces conditions, l’équilibre défensif dont Manchester City a besoin, et qui a fait la force de l’AS Monaco, même 4e seulement dans ce secteur en Ligue 1 (24 buts encaissés contre 18 pour le PSG). Un équilibre qui résulte bien souvent dans le schéma tactique qui est développé sur le terrain, et dans la manière de l’animer. Dans ce domaine, Leonardo Jardim excelle avec son 4-4-2, même s’il ne possède pas la charnière centrale la plus solide d’Europe actuellement. Avec Otamendi et Stones, deux des défenseurs les plus talentueux de leurs générations, Pep Guardiola et Manchester City ne totalisent que le 7e bilan de Premier League au nombre de buts encaissés (29 en 25 matchs contre 18 pour Chelsea et Tottenham). Alors quand vous marquez autant que Monaco, ce n’est pas un drame, mais quand vous comptez 25 buts de moins au compteur, cela devient très gênant pour glaner des résultats. Ce 8e de finale de Ligue des Champions risque donc de se jouer dans le coeur du jeu, et dans la propension à conserver l’équilibre de l’équipe, tout en se projetant rapidement vers l’avant, comme ces deux entraîneurs savent le faire avec leurs écuries respectives. Avec un avantage psychologique pour Monaco donc, qui est en tête en Ligue 1, déjà en finale de la Coupe de la Ligue, et encore en lice en Coupe de France. A l’inverse, City est à dix points de Chelsea et a quasiment dit aurevoir au titre, tandis qu’il ne reste plus que la FA Cup à disputer. Pep Guardiola joue donc très gros, à savoir sa réputation, dans ce duel européen, que Manuel Pellegrini avait su gagner en quart de finale l’an passé face au PSG. A Monaco en revanche, si le tandem Fabinho-Bakayoko est au niveau des deux tiers de la saison déjà écoulés, l’Angleterre risque de nouveau de pleurer un de ses soldats.

Damien Chédeville


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Crédits Photos : asmonaco.com (Stéphane Seunaux)